Début Societe Voici pourquoi le RIC est absent des conclusions du grand débat

Voici pourquoi le RIC est absent des conclusions du grand débat

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Revendication phare des Gilets jaunes, le Référendum d’initiative citoyenne (RIC) ne ressort pas des premières synthèses du grand débat national, contrairement aux résultats de la consultation alternative « Le Vrai Débat ». Plusieurs raisons peuvent expliquer cela.

« Macron ne retient que ce qui l’arrange. » A l’instar de Jérôme Rodrigues, plusieurs Gilets jaunes n’ont pu que constater la relative absence de leur revendication phare, le référendum d’initiative citoyenne (RIC), de la synthèse faite lundi par Edouard Philippe pour conclure le grand débat national. Le Premier ministre n’a pas directement évoqué cette mesure dans son discours et, dans les résultats des contributions en ligne diffusés par l’institut de sondage OpinionWay, le sujet n’obtient qu’un faible soutien au gré des questions qui étaient posées.

Les deux ministres coordinateurs du grand débat, Sébastien Lecornu et Emmanuelle Wargon, avaient auparavant prévenu qu’il n’y avait d' »unanimité » sur aucun des sujets, « y compris sur les totems » comme le RIC. « Il n’y a pas le RIC alors que sur le vrai-débat.fr, c’est la principale remontée avec le vote blanc et le casier vierge des élus », relevait au contraire lundi auprès de l’AFP Jérôme Rodrigues, en évoquant la consultation alternative créée par des Gilets jaunes qui vient également de rendre ses conclusions. L’inscription du RIC dans la Constitution arrivait en effet en 2e position d’un « top 100 des propositions consensuelles ».

Pour les détracteurs d’Emmanuel Macron, le gouvernement aurait donc volontairement relégué ce sujet dans sa consultation. En réalité, plusieurs raisons peuvent expliquer cette différence de résultats.

1 – Les contributeurs n’étaient pas les mêmes
D’un côté, la plateforme du grand débat national était basée, pour la partie « démocratie et citoyenneté », sur 451.000 contributions issues de près de 380.000 répondants uniques. Rappelons que ces contributeurs ne constituaient en aucun cas un ensemble représentatif de la population française, puisque seuls ceux qui le voulaient participaient à la consultation, quel que soit leur profil. Cela concerne également les débats sur le terrain : le directeur du Cevipof, Martial Foucault, expliquait par exemple à Libération que le profil des participants semblait « éloignée des traits sociologiques des Gilets jaunes et par extension du soutien des Gilets jaunes ».
De l’autre, le « Vrai Débat » a été mis en place par des Gilets jaunes en contrepoids de l’initiative gouvernementale – ce qui pourrait indiquer que les revendications chères aux manifestants y soient plus présentes. Si le logiciel utilisé était identique à celui du grand débat – il avait été mis à disposition gracieusement par la même société, Cap Collectif -, il a été utilisé par 44.576 utilisateurs différentes, qui ont fait 25.229 propositions et généré 898.790 votes. Mais là encore, les chercheurs ayant participé au traitement des données avaient prévenu : « Une consultation en ligne n’est pas une enquête sociologique. On ne contrôle pas l’échantillon et on connaît très peu de choses sur les participant-e-s (profession, lieu d’habitation, etc.). »
2 – Le grand débat n’a pas directement sondé ses contributeurs sur le RIC
Si le RIC apparaît à de bas niveaux dans les résultats du grand débat, c’est que la méthodologie de la consultation en ligne était bien spécifique. Prenons trois exemples de résultats apparaissant dans la synthèse d’Opinion Way :

A la question « que faudrait-il faire aujourd’hui pour mieux associer les citoyens aux grandes orientations et à la décision publique? », le RIC est cité par 7,5% des répondants ; et le recours au référendum de façon plus générale par 27,8%.
A la question, « comment faciliter le déclenchement du référendum d’initiative partagée [RIP, qui existe déjà dans la Constitution, NDLR]? », 5,8% – parmi ceux qui avaient auparavant approuvé cette proposition – disent vouloir « y associer un RIC ».
A la question « que faudrait-il faire pour consulter plus directement les citoyens sur l’utilisation de l’argent public, par l’Etat et les collectivités? », ils sont ici 2,5% à répondre le RIC, parmi 11,8% qui veulent « mettre en place des référendums ».
Synthèse d’OpinionWay sur le grand débat
Synthèse d’OpinionWay sur le grand débat

(Opinion Way)
Mais chacune de ces questions était en fait ouverte, et l’internaute avait à apporter lui-même spontanément sa ou ses suggestions. Les réponses en faveur du RIC étaient donc citées parmi de nombreuses autres propositions identifiables, parfois plus d’une vingtaine, mais également au côté d’un taux de « non-réponses » élevé (entre un quart et près de la moitié pour les trois exemples cités) et d’un ensemble « contributions trop peu citées ou inclassables » (mesuré ici entre 22 et 28%).

Au final, l’instauration d’un référendum d’initiative partagée se retrouve donc diluée dans les différentes demandes des participants – c’est ce que constate aussi le ministre Sébastien Lecornu dimanche dans Ouest France, mais sans revenir sur cette explication méthodologique. Pour autant, rien ne dit non plus que des personnes n’ayant pas cité spontanément le RIC dans leurs réponses soient forcément défavorables à cette mesure…

Autrement dit, ces scores ne doivent surtout pas être comparés avec ceux des questions type « êtes-vous favorable au RIC? », comme des instituts de sondages ont pu le demander ces derniers mois : dans ce dernier cas, un échantillon représentatif de Français n’avait d’autre choix que d’émettre un soutien ou une opposition à cette mesure. Une enquête Harris Interactive-Epoka mesurait ainsi le mois dernier l’approbation de cette mesure à 62%, et le même institut Opinion Way évaluait ce niveau à 73% fin janvier.

Ce choix « pour ou contre », de fait, n’a pas été posé ainsi dans le cadre du grand débat. Le gouvernement avait de toute façon fait savoir qu’il n’était pas favorable à cette réforme.

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