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Un écart en France oblige Macron à agir dans l’UE

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Dimanche soir sur le terrain devant la Tour Eiffel, où Emmanuel Macron a fêté sa réélection avec quelques milliers de supporters. Joie et soulagement, certes, mais aussi incertitude et choc sur le score de Le Pen. Certains ministres ont osé un laissez-passer de danse, d’autres l’ont regardé avec embarras. Le discours du vainqueur était sobre, désordonné. Comme en 2017, la Marseillaise et l’Ode européenne à la Joie ont retenti, mais il ne reste que peu de l’atmosphère d’espoir et de renouveau d’alors.

La France est un pays divisé et les résultats le révèlent. Le président sortant a gagné grâce à trois atouts. R: un programme libéral-centriste qui, selon le score du premier tour, séduit un quart à un tiers de l’électorat. Deux: son expérience et sa compétence en tant que leader en temps de crise (pandémie de Covid-19, guerre d’Ukraine). Et trois: fournir une barricade contre l’extrême droite au tour final. 58% des votes valides.

La challenger Marine Le Pen n’avait que deux atouts: un programme nationaliste axé sur le pouvoir d’achat, qui plaît également à un quart à un tiers de l’électorat, plus le fait qu’elle est non-Macron, anti-système. Elle aussi a uni les électeurs d’autres préférences politiques. Aux Antilles, une majorité a voté Le Pen. Le Rassemblement National ne s’appuie pas seulement sur les ethno-nationalistes ou ce qu’on appelle le « white trash » aux États-Unis, mais attire des électeurs de toutes les couleurs.

Simplifié, cela donne la ligne de fracture sociologique-géographique en France: bourgeoisie métropolitaine et retraités contre électeurs des petites villes et des zones rurales plus jeunes. Le géographe Christophe Guilluy a vu cet écart métropole / périphérie « à bout portant » dans le résultat de dimanche. En outre, une grande partie des électeurs non, blancs ou invalides (au total 16,7 millions, presque autant que les électeurs de Macron) peut être comptée parmi la sous-classe périphérique.

C’est peut-être cet écart qui a empêché les dirigeants politiques de faire la fête dimanche soir. Dans un pays où le mécontentement populaire tend à trouver d’autres issues par manque de représentation politique, ce serait danser sur le volcan. Espérons que le président et sa prochaine administration ne l’oublieront pas.

La question qui se pose est la suivante: comment le président français traduira-t-il cette tâche intérieure difficile en politique européenne et internationale?

La victoire électorale en elle-même donne à Macron une position renforcée: jusqu’en 2027, personne dans l’UE ne peut le contourner. Il continuera donc à déployer le programme pour une union plus forte, sur lequel il travaille systématiquement depuis qu’il est monté sur scène en tant que jeune candidat en 2016. Un grand discours au Parlement européen à Strasbourg est prévu le 9 mai.

Dans le même temps, Macron voudra désormais mettre des accents plus nets dans le contexte de l’UE. Tout d’abord, sur le climat et l’énergie, un sujet sur lequel il a fait des promesses aux électeurs français de gauche et verts face aux urnes, et pour lequel l’UE est le terrain de jeu. Il doit également donner des résultats sur les thèmes européens qui affectent l’emploi et le pouvoir d’achat. La forte hausse des prix de l’électricité, qui pour des raisons techniques est liée au prix du gaz sur le marché de l’UE, a fait l’objet d’un débat considérable lors du dernier sommet européen-en particulier entre l’Espagne et le Portugal d’une part et l’Allemagne et les Pays-Bas d’autre part. Macron, alors réticent, choisira probablement une position plus difficile la prochaine fois, en tant que dirigeant qui défend « l’homme du peuple »français.

Plus de solidarité financière au sein de l’Union est un point clé de l’agenda européen de Macron. En 2020, il a réussi avec la création du Fonds de relance corona dans l’UE. L’Allemagne a renoncé à une résistance vieille de plusieurs décennies à la dette commune, compte tenu des souffrances de la pandémie. Pour Merkel (CDU), il s’agissait d’un geste ponctuel, mais le président français voudra s’appuyer sur ce précédent dans les années à venir et solliciter le soutien de Scholz (SPD).

Moins de naïveté géopolitique est l’autre question importante. Ce faisant, Macron interprète le vieux souhait français d’une Europe qui défende plus vigoureusement ses intérêts, agit plus souverainement. L’invasion de l’Ukraine par Poutine en souligne la nécessité.

On entend parfois dire que l’Union européenne est devenue « plus française » ces dernières années. Non: c’est le monde qui avance dans une direction à laquelle les Français n’ont jamais cessé de penser. Un monde de pouvoir et de contre-pouvoir, également dans le domaine du marché, de la monnaie, des idées et de la culture.

Pour l’émancipation géopolitique de l’Europe, Macron – quelle que soit la majorité parlementaire de juin-restera un moteur. Ce qui est bien, aussi pour nous: c’est le thème qui relie les électeurs français.

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