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Sur l’autel de la présidentielle

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Dans son ascension au pouvoir, Henri IV cherchant la paix civile avait déclaré « Paris vaut bien une messe ! ». Pour lancer sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron piétine Marseille et les Marseillais. L’orchestration de sa venue en dit beaucoup : il renoue avec le Président Jupitérien usant et abusant des moyens de la monarchie que constitue la V° République. Chacun sait combien, depuis Louis XIV au moins, Marseille représente le symbole d’un peuple rétif aux ordres d’en haut : Emmanuel Macron sait très bien ce qu’il fait en venant, à 8 mois des élections, asséner leçons de morale et plans pour modifier la ville.

En filigrane de son discours se lit son plan de marche. Une politique sécuritaire, c’est-à-dire une politique autoritaire : qui peut croire que la délinquance sera vaincue par 500 caméras de vidéosurveillance, un nouvel hôtel de police sera construit pour 150 millions d’euros, quand il n’annonce qu’une trentaine d’éducateurs et avoue n’avoir pas chiffré la rénovation des écoles. La lutte contre l’insécurité à Marseille comme ailleurs demande autre chose que des opérations coups-de-poings dans les cités : le démantèlement des trafics ne peut se faire que dans une approche globale, qui mobilise certes police et justice, mais aussi éducation, culture, emploi, services publics de proximité.

L’éducation, clé de voûte d’une approche républicaine des quartiers, est oubliée par Emmanuel Macron. Aux besoins en enseignants, investissements culturels et rénovations des bâtiments, des sanitaires, du chauffage et de l’isolation, il répond management. Marseille laboratoire du néo-libéralisme macronien : il annonce une « expérimentation » en accordant aux directeurs d’école la possibilité de choisir les enseignants, les transformant en petits chefs du personnel. Toute la fonction publique est ici attaquée. Au lieu de dénoncer les incuries des dirigeants du PS et de la droite qui se sont succédés ces dernières années, il désigne en boucs-émissaires les agents, en déclarant que les écoles et les services publics souffrent plus de la grève et de l’action syndicale que du désengagement de l’État et des collectivités locales. Il n’épargne pas non plus la culture, grande perdante des annonces présidentielles, alors que la deuxième ville de France souffre notoirement d’un déficit d’aides et de structures, comme le rappelle le chanteur d’IAM, Akhenaton, à la suite du déplacement d’Emmanuel Macron : Marseille a été « mise de côté depuis pas mal de temps, laissée à l’abandon, et ça s’est renforcé depuis que le maillage social sur le terrain s’est dégradé. On avait un tissu associatif fantastique à Marseille ». En 2017 le candidat Emmanuel Macron avait détourné les paroles du groupe IAM pour les intégrer à son discours libéral sur l’égalité des chances. Il serait temps de les lui rappeler : « Personne ne joue avec les mêmes cartes/ Le berceau lève le voile/ multiples sont les routes qu´il dévoile/ Tant pis, on n´est pas né sous la même étoile ».

Benoît Schneckenburger

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