Début Societe Sri Lanka : un mouvement islamiste local, peut-être lié à des groupes étrangers, à l’origine des attentats?

Sri Lanka : un mouvement islamiste local, peut-être lié à des groupes étrangers, à l’origine des attentats?

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Dans l’enquête sur la série d’attentats qui a fait 290 morts au Sri Lanka dimanche, les autorités privilégient la piste d’un groupe islamiste local, le National Thowheeth Jama’ath (NTJ). Un mouvement qui avait fait parler de lui l’an dernier en vandalisant des statues bouddhiques. Mais les autorités s’interrogent sur des liens éventuels avec des groupes terroristes étrangers.

La série d’attaques qui a ensanglanté le Sri Lanka dimanche n’était même pas terminée que les autorités de l’île avaient déjà désigné un coupable : le National Thowheeth Jama’ath (NTJ), un mouvement islamiste local. Une intuition qui ne doit rien au hasard : le chef de la police nationale, Pujuth Jayasundara, avait alerté ses services, il y a dix jours, sur une menace imminente : le NTJ projetait « des attentats suicides contre des églises importantes et la Haute commission indienne ». Bilan : 290 morts et 500 blessés.

La piste a été confirmée lundi matin par le porte-parole du gouvernement, Rajitha Senaratne. Même si, pour l’heure, aucune revendication n’a été diffusée. Lundi, à la mi-journée, 24 personnes avaient été arrêtées. Les autorités sri-lankaises ont précisé que le FBI américain les assistait dans leur enquête. Interpol va également déployer une équipe d’enquêteurs. A noter que quelque 87 détonateurs de bombes ont été découverts lundi dans une gare de bus de Colombo située à mi-chemin des hôtels haut de gamme du front de mer et de l’église Saint-Antoine, sites d’attentats dimanche.

Ce que l’on sait du NTJ
Les autorités disposent de peu d’éléments sur ce mouvement, peu connu jusqu’à l’an dernier. Le New York Times publie lundi un article consacré à ce mouvement local, dans lequel on en apprend un peu plus sur le NTJ.

En 2016, son secrétaire, Abdul Razik, a été arrêté pour « incitation au racisme ».
Le NTJ s’est surtout fait connaître l’an dernier en lien avec des actes de vandalisme commis contre des statues bouddhiques.
Selon une chercheuse, Anne Speckhard, citée par le journal américain, le but du NTJ n’est pas « l’insurrection ». Le mouvement veut « propager le mouvement djihadistes mondial au Sri Lanka » en semant « la haine, la peur et les divisions dans la société ». « Ce n’est pas un mouvement séparatiste. Il s’agit de religion et de punition. »
Selon le quotidien indien Deccan Chronicle, la police sri-lankaise a saisi en janvier dernier des explosifs et des détonateurs, après l’arrestation de quatre membres du NTJ.
Le mouvement a-t-il des liens avec l’étranger?
Les autorités cherchent à savoir si cette organisation a des liens avec des groupes islamistes étrangers. « Jusqu’ici, les noms que nous avons sont locaux » mais les enquêteurs cherchent « des liens avec l’étranger » a ainsi fait savoir le Premier ministre Ranil Wickremesinghe à la télévision.

Le porte-parole du gouvernement a dit avoir « du mal à voir comment une petite organisation dans ce pays peut faire tout cela ». « Nous enquêtons sur une éventuelle aide étrangère et leurs autres liens, comment ils forment des kamikazes, comment ils ont produit ces bombes », a-t-il ajouté.

Le Deccan Chronicle rappelle que l’Etat islamique n’est pas présent au Sri Lanka, mais qu’il opère aux Maldives. Le groupe terroriste considérait par ailleurs les célébrations du dimanche de Pâques comme une journée cible.

Le gouvernement avait-il été alerté?
Au Sri Lanka, l’affaire tourne à la polémique. Jusqu’à lundi, le gouvernement disait ne pas avoir été mis au courant de la menace qui planait sur l’île, quand le chef de la police, lui, affirmait le contraire, disant tenir cette information d’une « agence de renseignement étrangère ». Finalement, un porte-parole du gouvernement a reconnu que les autorités avaient été prévenues par le responsable des forces de l’ordre, rapporte le Guardian. Mais il y a des nuances.

« 14 jours avant que ces incidents ne se produisent, nous en avions été informés », a ainsi déclaré Rajitha Senaratne. « Le 9 avril, le responsable des services de renseignement a écrit une lettre dans laquelle se trouvaient plusieurs noms de membres de l’organisation terroriste », a-t-il même ajouté.

Cette même lettre avait fuité dans la presse. Le Deccan Chronicle l’avait notamment publiée. Selon le journal, on y lit clairement que le policier prévient de l’imminence d’attaques commises par des kamikazes contre des « églises de premier plan ». Des mises en garde restées lettre morte, précise le quotidien.

Mais selon le porte-parole du gouvernement, le Premier ministre n’a pas menti quand il a nié avoir été informé de la menace. Selon lui, seul le président, Maithripala Sirisena, était informé, puisqu’il préside les réunions du Conseil national de sécurité, auxquelles ne participent pas le chef du gouvernement, rapporte le Guardian.

Dimanche, le Premier ministre avait nié avoir été informé de la menace. Suite aux révélations du chef de la police, il avait simplement fait état « d’informations », devant selon lui « faire l’objet d’une enquête ». « Nous devons rechercher les raisons pour lesquelles les précautions adéquates n’ont pas été prises », avait-il ajouté.

Ces attaques interviennent dans un contexte politique complexe : de vives rivalités opposent le Premier ministre au Président. En octobre dernier, ce dernier avait tenté de limogé son Premier ministre, en vain.

Le dernier bilan des attaques
290 morts
500 blessés
Selon les autorités, 31 étrangersont été tués et 14 sont portés disparus et « pourraient être parmi les victimes non identifiées » à la morgue. La police locale a établi pour sa part à au moins 37 le bilan des tués étrangers.
Un Français figure parmi les victimes, a-t-on appris lundi après-midi.
Voici les pays concernés : Inde (8 morts), Grande-Bretagne (6 morts), Etats-Unis (4 morts), Chine, Danemark, Pays-Bas, Japon, Portugal, Turquie, Arabie saoudite, Bangladesh, Espagne.
En vacances au Portugal, le milliardaire danois Anders Holch Povlsen, propriétaire du groupe de prêt-à-porter Bestseller et principal actionnaire de l’enseigne en ligne ASOS, a perdu trois de ses 4 enfants.

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