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Nouvelle-Calédonie : voici les 4 enjeux du référendum sur l’indépendance

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La Nouvelle-Calédonie va choisir dimanche si elle reste dans la France ou si elle devient indépendante. Une question qui soulève plusieurs enjeux, historiques et économiques.

La Nouvelle-Calédonie va-t-elle choisir la voie de l’indépendance? Dimanche 4 novembre, les 174.154 électeurs de l’archipel du Pacifique sont appelés aux urnes pour se prononcer sur leur avenir. Ils devront répondre à la question suivante : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante? » Selon une enquête d’Harris Interactive pour la 1ere réalisée début octobre, 66% des électeurs se prononceraient contre l’indépendance. Quel que soit son résultat, le référendum revêt une grande importance pour au moins quatre raisons.

1- Achever la réconciliation avec la France

Jusqu’à présent, tout a été pensé pour que le référendum débouche sur une relation apaisée avec la France. Territoire français depuis 1853, la Nouvelle-Calédonie a connu de vives tensions autour de la question indépendantiste dans les années 1980 avec plus de 80 morts. Elle atteint son paroxysme le 5 mai 1988 lors de l’assaut meurtrier du GIGN contre la grotte d’Ouvéa où des indépendantistes ont retenu des gendarmes en otages. Le bilan avait été de 21 morts, dont 19 Kanaks.

Depuis, un processus a été engagé pour préparer l’avenir de l’archipel. Les accords de Matignon en 1989, puis l’accord de Nouméa en 1999, ont permis à la Nouvelle-Calédonie d’obtenir un statut juridique unique. Une partie lui est ainsi consacrée dans la Constitution et lui donne plus de droits que les collectivités d’outre-mer. Ses habitants peuvent par exemple bénéficier de la citoyenneté calédonienne.

De plus, la Nouvelle-Calédonie dispose d’une souveraineté partagée avec la France, ce qui lui permet de voter ses propres lois avec ses propres institutions. Parmi celles-ci, un Sénat coutumier qui est le « gardien et le défenseur de l’identité kanake » et qui doit être consulté sur tous les projets de loi du pays liés à l’identité kanake.

Le référendum est l’aboutissement de ce processus de réconciliation. Depuis le début de la campagne, l’exécutif français a pris soin de ne pas prendre partie pour une solution ou une autre. En visite à Nouméa en mai, Emmanuel Macron avait estimé que la question « n’est posée qu’aux seuls Calédoniens » avant toutefois d’affirmer que « la France serait moins belle sans la Nouvelle-Calédonie ». Face aux députés la semaine dernière, Edouard Philippe a confirmé que « l’Etat restera neutre ».

2- Préparer la future relation
Dans le cas où le « non » l’emporterait, le processus vers l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie ne serait pas achevé puisqu’un nouveau référendum pourrait être programmé dans les deux ans à la demande d’un tiers des membres du Congrès de Nouvelle-Calédonie. En cas de nouvelle réponse négative, un troisième référendum pourra de nouveau être programmé dans un délai de deux ans.

Mais en cas de « oui » au référendum d’indépendance, la Nouvelle-Calédonie ne devrait pas opérer une rupture brutale avec la France. Elle se verrait transférer les compétences régaliennes et deviendrait totalement indépendante mais tous les ponts ne serraient pas coupés. L’Union nationale pour l’indépendance affirme ainsi que « pour sortir de la colonisation française par le haut, un accord de partenariat entre Kanaky-Nouvelle-Calédonie et la France est une nécessité politique et une perspective logique ». « Le jour d’après (le référendum), chacune et chacun aura à travailler ensemble », avait également déclaré Emmanuel Macron lors de sa visite en Nouvelle-Calédonie en mai dernier. Les détails d’une future collaboration restent toutefois à préciser.

3- Relancer l’économie

C’est l’un des principaux arguments des opposants à l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, ils considèrent que l’archipel est dépendant économiquement de la Métropole. Une séparation aurait, selon eux, des répercussions sur le niveau de vie des habitants. Les subventions de la France représentent en effet 13% du PIB de l’archipel.

En 2016, le PIB par habitant de la Nouvelle-Calédonie était d’un peu plus de 29.000 euros selon l’Institut de la statistique et des études économiques de Nouvelle-Calédonie. Un chiffre nettement inférieur aux 33.000 euros par habitant calculés en métropole mais supérieur à toutes les collectivités d’Outre-mer. Dans le Pacifique, la Nouvelle-Calédonie est seulement devancée dans cet indicateur par l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’île américaine de Guam.

Mais après plusieurs années d’euphorie, l’économie calédonienne est en berne depuis 2012, en raison notamment de l’effondrement des cours du nickel et du ralentissement de la commande publique. Ce repli a mis en lumière l’extrême dépendance de la Nouvelle-Calédonie à son industrie minière, qui représente 20% de ses emplois directs et indirects et 90% de ses exportations. En 2006, elle représentait ainsi jusqu’à 11,5% du PIB de la Nouvelle-Calédonie grâce à une politique volontariste. Mais depuis la chute du cours du nickel, qui a été divisé par deux entre 2011 et 2016, le secteur est fragilisé.

Selon plusieurs acteurs économiques, ce n’est donc pas le bon moment pour que la Nouvelle-Calédonie prenne son indépendance. Ils craignent également les appétits de la Chine qui lorgne sur le Pacifique. D’autres considèrent que la Nouvelle-Calédonie s’est suffisamment préparée depuis 20 ans et qu’il faut maintenant passer le pas.

4- Réduire les inégalités

Parmi la population de Nouvelle-Calédonie, 39% se réclament de la communauté kanake. 27% se disent Européens (surnommé « Caldoche ») tandis que 8% se rattachent à la collectivité d’Outre-mer de Wallis-et-Futuna. Toutefois, plus de 8% des habitants déclarent se sentir simplement Calédonien ou n’appartenir à aucune communauté. Des proportions stables par rapport à 2009. Entre ces communautés, les inégalités restent très fortes et découlent d’une époque ou les communautés kanakes étaient ségréguées.

Ainsi en 2014, seules 7% des personnes d’appartenance européenne n’avaient aucun diplôme. Un taux qui monte à 32% chez la communauté kanake. Même déséquilibre quand on s’intéresse aux chiffres du chômage puisque seules 2,8% des personnes « européennes » sont sans emploi contre 16,5% pour les Kanaks. Et quand ils travaillent, ces derniers sont le plus souvent ouvriers alors que les Européens trustent les postes de cadres. Des écarts qui tendent à se réduire mais qui restent encore trop importants et qui maintiennent certains clivages. Une société néo-calédonienne qui devra se réunir après le référendum.

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