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L’écume et la vague

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Les fins d’années sont propices aux bilans. Au milieu du zapping médiatique, il faut distinguer l’écume de la vague qui la produit.

La crise du covid a ainsi mis en lumière ce que les libéraux feignaient de ne pas voir : l’état de délabrement avancé du service public de santé, notamment hospitalier ; le rôle indispensable de travailleurs et travailleuses, mal payés et exploités, restés « en première ligne » même pendant les confinements ; les ravages d’un néolibéralisme qui profite de la crise pour renforcer Amazon contre les petits commerces ou considérer la culture et les rapports humains comme « non essentiels ». « Bosse de chez toi, consomme de chez toi, et tais-toi » pourrait être ainsi un cruel résumé de 2020.

Les mauvaises habitudes, elles, ont la vie dure. Lorsqu’une crise économique éclate, il ne faut guère de temps pour voir le chômage exploser, puis la pauvreté. Les proportions et les personnes touchées sont sans commune mesure avec ce qui existait auparavant. Le paysage social est dévasté et nul ne pourra faire l’impasse sur ces urgences dans le débat de 2022. Dans le même temps, les néolibéraux ne perdent jamais leurs réflexes ni leurs agendas. Au prétendu « quoi qu’il en coûte » d’Emmanuel Macron au printemps ont vite succédé les ritournelles des eurocrates et de leurs amis : pas d’abandon de la « réforme » de l’assurance-chômage, relance de celle des retraites, conditions d’austérité et de « réformes structurelles » dans le soi-disant plan de relance européen. Même chose dans le dépeçage des services publics et de l’industrie où la liste des victimes s’annonce impressionnante : EDF, Suez, General Electric…

Il faut en revanche espérer que cette année ait dissipé les derniers mirages du fumeux « barrage » au Rassemblement national par le vote Macron. Les atteintes aux libertés publiques les plus fondamentales au nom de la crise sanitaire, les violences policières non sanctionnées, la loi Sécurité globale votée comme un seul homme par LREM, LR et RN dont Marine Le Pen ont montré l’inanité de cette stratégie.

Au plan international, la défaite bienvenue de Trump offre aux atlantistes l’espoir du retour à une relation privilégiée entre UE et USA. Faut-il attendre le retour du TAFTA pour 2021 ? Un nouvel arrimage supplémentaire à l’OTAN alors que la Turquie agresse ses prétendus alliés et que la France ne sait pas comment sortir du Mali ?

Le retour des Etats-Unis dans l’accord de Paris sur le climat ne masquera pas que celui-ci est déjà dépassé, pas plus que le référendum voulu par Emmanuel Macron sur la transition écologique ne masquera l’amnistie qu’il cherche pour sa politique anti-écologique, ou que l’élection de maires écologistes dans de grandes villes embourgeoisées ne masquera l’indispensable lien entre écologie et justice sociale.

2020 aura au moins confirmé que l’histoire n’est jamais écrite à l’avance, que l’imprévu continue d’exister et qu’il peut avoir des conséquences stupéfiantes. Raison de plus pour ne pas renoncer à vouloir tout changer.

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