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Le terrible environnement du bébé décédé vendredi à Reims

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Après la mort d’un bébé causé par des mois de sévices à Reims, se pose la question du suivi de la victime avant le drame.

Ce fut la dernière question : « Ce dossier, c’est le dossier de la misère ? ». Cela faisait vingt minutes que le procureur de Reims, Matthieu Bourrette, relatait les effroyables circonstances dans lesquelles S., âgé de 13 mois, est décédé vendredi soir dans l’appartement insalubre qu’il occupait avec ses parents, mis en examen pour homicide aggravé.

Né le 17 août 2017, ce bébé souffrait de scorbut et avait, des mois durant, été martyrisé de la tête aux pieds et sous-alimenté par ses géniteurs, Oumar B. et Arlette Marie-Rose N. Aux urgences pédiatriques où son décès a été constaté, une infirmière n’avait pu que fondre en larmes.

« Dossier de la misère »

Mâchoires serrées, un policier qui avait eu à apercevoir le corps de la victime glissait : « Il est sûrement mieux là où il est aujourd’hui ». Alors, face à cette ultime question, le procureur s’était autorisé ce bref commentaire : « Oui, bien sûr, c’est un dossier de la misère. Mais cet enfant, aussi miséreux soit-il, n’avait pas besoin d’avoir des parents misérables. »

« Elle parlait fort, parfois longtemps » Depuis l’été, cette « misère » avait pour décor un studio « d’environ 20 m2 », au 2e étage d’un immeuble, situé boulevard Charles-Arnould. De l’extérieur, pourtant, rien ne laisse deviner l’insalubrité du lieu, visible dès les parties communes. Sur cette artère du quartier Clairmarais, les façades bourgeoises sont nombreuses. Mais c’est là, pourtant, que « le tiers-monde a rencontré le quart-monde », selon le mot du procureur à propos des parents de cette si jeune victime. Le quartier est réputé paisible. Enfin, presque : la boulangerie située deux niveaux en dessous a été la cible de « trois cambriolages et d’un braquage en cinq ans », selon la gérante, interrogée lundi.

« Jamais nous n’aurions pu imaginer »

Trois jours après cette tragédie, les voisins du couple se disent « choqués ». « Nous avons tous été surpris. Jamais nous n’aurions pu imaginer qu’il se passe de telles choses dans cet appartement », confie cet homme, soucieux de conserver l’anonymat. Certes, il a bien entendu des « engueulades » entre Oumar B. et Arlette Marie-Rose N., les parents de S. « On entendait plus souvent la femme que l’homme. Elle parlait très fort, parfois longtemps, c’était comme une radio. » Cet autre voisin, domicilié au 1er étage, confie avoir eu écho « d’une dispute la semaine dernière » entre les deux protagonistes.

Aucun d’entre eux, en revanche, ne se souvient avoir entendu des pleurs de bébé. Seule la présence de la poussette sur le petit balcon rappelait sa présence. Si les enquêteurs doivent poursuivre l’enquête de voisinage initiée depuis vendredi, « aucun élément » ne laisse à penser à ce stade « que des voisins aient pu demeurer silencieux aux éventuels cris ou pleurs du bébé », selon le procureur.

Rien à voir, donc, avec l’affaire dite du « petit Tony », dans laquelle des locataires d’un immeuble des Châtillons étaient restés sourds aux cris de cet enfant, décédé en novembre 2016 après avoir été, pendant des semaines, cible de violences répétées de la part de son beau-père, mis en examen et dans l’attente d’être jugé devant la cour d’assises.

Des consultations non honorées

Cet autre voisin du couple mis en examen depuis dimanche résume : « C’était des gens qui vivaient en retrait. Parfois, ils nous demandaient à manger. Nous leur donnions un petit rien, voire la pièce. Il ne travaillait pas. Comment expliquer qu’ils en soient arrivés là ?, s’interroge-t-il. Les stupéfiants, peut-être ? Et de faire allusion à « un trafic dans l’immeuble ». Là encore, l’enquête menée par le service régional de police judiciaire (SRPJ) ne corrobore pas cette hypothèse : Oumar B. et Arlette Marie-Rose N., arrivés à Reims depuis un an en provenance de région parisienne, n’habitaient que depuis l’été dans cet immeuble du boulevard Arnould. Face aux enquêteurs, ils ont affirmé ne pas être consommateurs de stupéfiants et d’alcool. Un propos validé par la prise de sang effectuée vendredi : à ce moment-là, les parents de S. étaient sobres.

Tout, finalement, ramène encore et toujours à cette « misère » et ce « milieu extrêmement carencé à tous points de vue ». Économique, puisque les parents de S. ne travaillaient pas ; social, puisqu’ils ne semblaient connaître personne à Reims ; intellectuel, puisque Oumar B. « a éprouvé des difficultés à lire » durant sa garde à vue. Médical, aussi : « Les deux mis en cause se disent atteints du VIH mais, selon les déclarations de Monsieur, sa femme et lui seraient guéris ».

« Trauma » à un coude

Les investigations à venir devront aussi permettre de « vérifier les conditions de prise en charge médicales et sociales » de la victime. Comme cela a été évoqué dimanche, les consultations de suivi médical prévues en novembre et décembre 2017 n’avaient pas été honorées. Saisi lors de la perquisition, le carnet médical de S. mentionne une visite auprès de la protection maternelle et infantile (PMI) en date du 5 février 2018. Ce fut la dernière. En outre, un document signé par un médecin le 1er août dernier faisait état d’un « trauma » à un coude du bébé. Les parents, plutôt que de consulter un spécialiste, ont soigné la fracture de leur fils avec « des méthodes africaines traditionnelles », incluant des massages prodigués avec « un mélange de charbon et de karité », qui, selon la mère, avait « guéri son fils ».

Comment un contexte familial aussi défaillant a-t-il pu, depuis au moins des mois, échapper à tous ? À l’annonce de la mort de S., sa mère n’a pas marqué d’affect particulier. Son père, lui, a émis un regret lors de sa dernière audition : « Ne pas avoir prévenu plus tôt les services sociaux au regard du comportement de sa compagne ».

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