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Le candidat libéral est bien là

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Emmanuel Macron partage avec Éric Zemmour le statut de candidat virtuel. Officiellement il ne l’est pas (encore), officieusement il l’est déjà. Sa campagne est lancée. Comme tout sortant il doit assumer son bilan et amorcer son projet. Au cœur de la pandémie, il a voulu faire oublier son orientation libérale en se faisant le chantre des services publics, en saluant les premiers de cordée. Certains, peut-être atteints alors par la fièvre de la Covid, ont pu y croire. Chassez le naturel, il revient au galop. Désormais celui qui, au début de son mandat, croisait des gens qui ne sont rien, pensait qu’il suffisait de traverser la rue pour trouver de l’emploi, est de retour. Il est salué par les éditorialistes tacodrugites – hérésie qui affectait la sagesse en priant le doigt dans le nez – renouant avec leurs antiennes : la solution c’est le marché, le mal c’est le public.

Ainsi après avoir octroyé une revalorisation qui frise le ridicule à certains acteurs du service public hospitalier, l’heure est à la reprise en main. Au lieu de s’interroger sur les raisons pour lesquelles des membres du personnel de santé se rebellent contre le passe sanitaire – au risque de perdre leur emploi – il n’a que mépris et répression en tête. En Guadeloupe son ministre de l’Intérieur orchestre une répression qui attise les tensions. Leur projet est simple : rendre inaudibles les professionnels des soins qui depuis le début de la pandémie ne cessent de critiquer la gestion de la crise, faire oublier qu’ils nous ont menti sur les masques, qu’ils ont pris du retard dans les vaccinations, et que l’hôpital public est dans une passe telle que nombre d’agents le quittent à contrecœur. Cette opération qui vise à décrédibiliser médecins, infirmiers et aides-soignants permet surtout de faire oublier que des lits d’hôpitaux se ferment encore, et que la logique comptable mise en place depuis quelques décennies au nom du libéralisme remplace toujours le service au public.

Le gouvernement est aidé par des serviteurs zélés. Quand son ministre de l’Éducation s’insurge de l’introduction du néologisme « iel » dans le Robert au lieu de prendre la mesure des dégâts de ses réformes successives, le Figaro jette le discrédit sur les enseignants. Ce n’est pas nouveau : déjà après les lois de laïcisation de l’école, et celle de 1905 de séparation des Églises et de l’État, les forces conservatrices vouaient aux gémonies l’école publique, accusée déjà de mettre à bas la civilisation et d’être le lieu de la propagande. Et pourtant ! Les enseignants sont, jusqu’à présent, recrutés sur le fondement de connaissances disciplinaires validées par l’université, et non à la solde de telle ou telle mode idéologique. Là encore, pour masquer les dégâts d’années de désinvestissement public, de gestion libérale au lieu de faire primer la pédagogie, il s’agit de désigner à la vindicte les agents publics. Rien de neuf sous le soleil, le libéralisme joue toujours des mêmes refrains.

Benoît Schneckenburger

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