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Européennes : où sont passés les Gilets jaunes?

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Faute de parvenir à s’unir, plusieurs représentants de Gilets jaunes se lancent dans la campagne des élections européennes en ordre dispersé. Derrière le chanteur Francis Lalanne, le Vauclusien Christophe Chalençon ou avec d’autres formations politiques.

Une liste de Gilets jaunes menée par le chanteur Francis Lalanne, une autre menée par un Gilet jaune mais qui ne se revendique pas du mouvement social, et des Gilets jaunes ici ou là sur d’autres listes politiques… A trois semaines du scrutin, les élections européennes voient une partie des acteurs de la mobilisation du 17 novembre avancer en ordre dispersé. Les candidats ont jusqu’à ce vendredi, 18h, pour déposer leur liste. Si chacune doit encore fait l’objet d’une validation du ministère de l’Intérieur, et que des surprises peuvent encore intervenir d’ici là, la situation s’est clarifiée ces derniers jours.

Voici ce que l’on sait aujourd’hui, alors qu’une liste « Gilets jaunes », sans incarnation précise, est créditée dans les différents sondages de 2 à 3% des intentions de vote.

Une liste « Alliance jaune » avec Francis Lalanne, des rescapés du RIC et le soutien financier d’un parti allié à EELV
Déposée mardi, cette liste sera directement conduite par le chanteur, qui n’en est pas à sa première expérience en politique : Francis Lalanne a déjà été candidat au nom de l’Alliance écologiste indépendante ces dernières années, et avait même été tête de liste aux européennes de 2009 dans la circonscription Sud-Est (3,75% des voix).

Cette fois, la liste se nomme « Alliance jaune » et se veut représentative du mouvement social, en restant apolitique. Dès le mois de décembre, le Bayonnais de 60 ans, vêtu d’un gilet jaune, annonçait à Paris son intention de se lancer dans cette campagne des européennes. L’initiative a depuis connu plusieurs rebondissements. L’interprète s’est d’abord affiché avec le Gilet jaune Thierry Paul Valette, qui a ensuite lancé sa propre liste (en vain). Puis il était en discussion en février avec le fonctionnaire Jean-François Barnaba, mais leur liste commune n’a jamais vu le jour et le second a finalement choisi l’option Philippot.

Finalement, Francis Lalanne s’est allié avec quelques rescapés de la liste « Ralliement d’initiative citoyenne », la première issue des Gilets jaunes qui avait été annoncée avant d’imploser. D’abord conduite par la Normande Ingrid Levavasseur, elle a été reprise en mars par le chef d’entreprise de Montargis (Loiret), Jérémy Clément. Celui-ci sera 3e sur la nouvelle liste « Alliance jaune », bien qu’il avait un temps annoncé prendre la tête de liste à la place de Francis Lalanne.

Des 10 premiers candidats du RIC devrait également suivre Frédéric Mestdjian. Mais la plupart n’ont pas répondu présent, à l’instar de l’ancien numéro deux de Levavasseur, Côme Dunis, qui dit au JDD s’être lassé de ces « conflits d’égos ». En revanche, la liste « Union jaune », lancée par le Niçois Patrick Cribouw, a annoncé son ralliement à Francis Lalanne.

Quant à l’Alliance écologiste indépendante, elle s’engageait dès le mois de décembre à financer la campagne de cette liste à hauteur de 800.000 euros. Mais aujourd’hui, le mouvement est allié à EELV et c’est donc l’un de ses dirigeants et « ami » de Francis Lalanne, Jean-Marc Governatori, qui se porte caution financière. Si « l’Alliance jaune » réunit moins de 3% des suffrages et n’obtient pas le remboursement de l’Etat, il mettra sa main à la poche, confirme-t-il. Une démarche prise « à titre personnel, en tant que citoyen », précise-t-il pour mieux rappeler que « politiquement », il conserve son alliance avec EELV.

Une liste « Evolution citoyenne » menée par l’ex-Gilet jaune Christophe Chalençon

Autre visage des Gilets jaunes, cet artisan forgeron du Vaucluse a lui aussi déposé sa liste mardi au ministère de l’Intérieur, croisant même Francis Lalanne. Il est numéro un « d’Evolution citoyenne », qui dit réunir des personnalités de la sociétés civiles aux orientations politiques différentes. Christophe Chalençon a toutefois prévenu qu’il ne s’agissait pas à proprement parler d’une liste « Gilets jaunes », même si elle compte également des anciens de la liste RIC – Barbara Turini, Marc Doyer – ou des figures du mouvement comme le porte-parole du Gard, Joseph Adamo.

Christophe Chalençon a régulièrement fait parler de lui au cours de la crise des Gilets jaunes. S’il a un temps appelé au remplacement d’Edouard Philippe par le général de Villiers, puis évoqué une intervention de « paramilitaires » pour renverser Emmanuel Macron, il avait surtout contribué à provoquer un incident diplomatique entre la France et l’Italie en organisant au nom de Gilets jaunes de la liste RIC une rencontre avec vice-président du Conseil italien et dirigeant du Mouvement 5 étoiles Luigi Di Maio.

A ce moment-là, il était encore dans la « coordination nationale » de Gilets jaunes voulant trouver une issue politique à cette contestation. Christophe Chalençon était notamment en contact avec Bernard Tapie lorsque le patron du journal La Provence avait prêté un local à ces responsables pour lancer leur mouvement politique, début janvier à Marseille. Mais l’épisode Di Maio avait ensuite acté son divorce avec la liste RIC d’Ingrid Levavasseur et a décidé Chalençon à lancer son propre mouvement.

Florian Philippot a récupéré quelques Gilets jaunes
Les Patriotes de Florian Philippot se sont eux aussi teintés de jaune, cette semaine, en fusionnant avec la liste « Jaunes et citoyens » qui avait été lancée par le sexagénaire de l’Indre, Jean-François Barnaba. Les deux mouvements plaident pour la sortie de l’Union européenne, contrairement aux deux autres listes « Alliance jaune » et « Evolution citoyenne ». Dans les faits, la liste repose essentiellement sur le mouvement de l’ancien cadre du Front national, qui n’avait pas hésité à se vêtir d’un Gilet jaune au Parlement européen.

Au total, 10 candidats sur 79 sont présentés comme « Gilets jaunes » sur cette liste. Mais Jean-François Barnaba n’occupe qu’une modeste 9e place, derrière les principaux lieutenants de l’eurodéputé et une autre « Gilet jaune », Paulette Roure, en 4e position. Y figure également Geoffroy Denis, un pompier au départ candidat avec le « Ralliement d’initiative citoyenne ».

Barnaba, un fonctionnaire sans activité depuis dix ans, avait officialisé sa propre liste au mois de mars, mais faisait face à des difficultés pour financer sa campagne. Auparavant, il a lui aussi brièvement appartenu à la coordination nationale avec Ingrid Levavasseur ou Christophe Chalençon. Mais il dit avoir été refroidi par le rapprochement avec Bernard Tapie, là où ses anciens camarades assurent qu’il voulait une bonne place sur la liste RIC.

Et aussi : une figure du mouvement chez Dupont-Aignan, deux candidats sur la liste PCF

Le Toulousain Benjamin Cauchy est en 9e position sur la liste Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan. Cet ancien élu local de l’UMP avait annoncé son ralliement fin mars au dirigeant souverainiste. Très présent médiatiquement au début de la crise sociale, il était contesté par d’autres Gilets jaunes pour son rôle au sein de ce mouvement, notamment lorsqu’il a lancé, avec d’autres comme Christophe Chalençon, les « Gilets jaunes libres » pour ouvrir des négociations avec le gouvernement. Benjamin Cauchy a toujours indiqué ne pas croire à une liste 100% Gilets jaunes aux européennes, préférant soutenir une force politique déjà existante.

Outre Dupont-Aignan, le PCF présente lui aussi sur sa liste deux candidats estampillés « Gilets jaunes » : le champion de Taekwondo Mamoudou Bassoum et un habitant de Mulhouse, Aurélien Crifo. Les autres listes politiques, elles, ne mettent pas en avant de figures du mouvement mais certaines, comme le RN ou la France insoumise, répètent régulièrement défendre les revendications des manifestants.

Les représentants de Gilets jaunes qui n’y sont pas

Plusieurs meneurs de la contestation avaient rapidement exclu de convertir leur engagement en aventure politique. C’est le cas de l’aile la plus dure du mouvement comme Eric Drouet, Maxime Nicolle et Priscillia Ludosky.

D’autres ont tenté, avant de renoncer. C’est notamment le cas du Parisien Thierry Paul Valette, cofondateur du rassemblement des « Gilets Jaunes Citoyens ». Mais aussi d’Ingrid Levavasseur, qui avait annoncé le retrait de sa candidature à la tête de la liste RIC en direct à la télévision. Ou encore d’Hayk Shahinyan, éphémère directeur de campagne du RIC, qui a depuis lancé le « Mouvement alternatif citoyen », sans traduction concrète pour les européennes.

Jacline Mouraud, à l’origine d’une vidéo virale postée en octobre sur Facebook et qui avait contribué au lancement de la mobilisation des Gilets jaunes, a pour sa part créé son parti les Emergents, pour se consacrer aux municipales de 2020. Elle a toutefois déjà connu une vague de démissions de membres du bureau fondateur, qui dénonçaient « le culte de la personnalité » de la Bretonne.

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