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Ecole : Mélenchon, l’anti-Blanquer

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Un autre projet pour l’école est-il possible ? Alors que Emmanuel Macron et Jean-Michel Blanquer préparent déjà leurs prochaines offensives contre l’école publique, Jean-Luc Mélenchon propose un autre chemin : « l’école globale », au service de l’égalité et de l’émancipation.

Enseigner mérite salaire

La paupérisation des enseignants français est bien documentée. « On est le pays d’Europe ou les profs sont les plus mal payés » dénonce Jean-Luc Mélenchon. Face à cela, le gouvernement n’agite que des rustines et de beaux discours. A l’inverse le candidat de l’Union populaire propose une forte hausse salariale : « dès l’élection : 15% de rattrapage. Et 15% de plus à négocier avec les syndicats d’enseignants. Cela représente 17 milliards d’euros » par an a-t-il précisé dans une interview à L’Obs. Il faut dire que les enseignants sont frappés d’une double peine. Comme tous les fonctionnaires, leur traitement souffre du gel du point d’indice décidé en 2010 sous Sarkozy, poursuivi sous Hollande et Macron. Le pouvoir d’achat est ainsi rogné chaque année de l’inflation. D’autre part, les grilles salariales des enseignants en France sont moins favorables que dans les autres pays développés. Là où dans les années 1980, le salaire d’un enseignant en début de carrière représentait deux fois le SMIC, c’est à peine plus d’une fois aujourd’hui. La double hausse proposée par Jean-Luc Mélenchon vise à corriger ces anomalies et revaloriser, financièrement, le métier d’enseignant.

Mais l’argent ne fait pas tout. Et Jean-Luc Mélenchon « ne veut pas que la question de la revalorisation des salaires efface le reste » de ce qu’il y a à changer en matière d’éducation. Il veut aussi augmenter et diversifier les recrutements d’enseignants. Au programme figure ainsi la titularisation de tous les contractuels de l’Education nationale pour en finir avec la précarité de 60 000 personnels. Au-delà, il s’agit aussi de revenir sur le recrutement à bac+5 des professeurs car avec cette méthode, « on n’a que ceux qui ont pu se payer cinq ans d’études » déplore le candidat. Ce qui réduit le vivier de recrutement et rend le métier d’enseignant inaccessible pour les jeunes des milieux populaires. A l’inverse, la restauration d’un dispositif de pré-recrutement dès le baccalauréat figure en bonne place dans le programme L’Avenir en commun présenté lors de la convention de Reims les 16 et 17 octobre. Et pour la mettre en œuvre de façon complète, la refonte de la formation pour créer de véritables écoles de l’enseignement est proposée. L’objectif est notamment que formation à la pédagogie et formation disciplinaire ne soient plus successives mais concomitantes, et que la formation continue soit considérablement renforcée.

L’objectif est d’augmenter le nombre d’enseignants afin de réduire les effectifs par classe. Il s’agit de « faire mieux que la moyenne européenne qui est actuellement à 19 élèves par classe » contre 24 en France ! Et plus globalement d’augmenter l’ensemble des moyens de prise en charge et d’accompagnement des élèves en difficulté, en situation de handicap, ou par le renforcement des effectifs de médecins et psychologues scolaires pour faire reculer les inégalités scolaires.

Une école républicaine contre les inégalités

Alors que les réformes du collège et du lycée sous Hollande et Macron ont aggravé les inégalités entre établissements selon les territoires et les publics, le programme de l’Union populaire veut reconstruire une organisation républicaine, égalitaire, de l’école. Comme l’affirme son candidat, les présidents précédents « ont accepté la vision néolibérale promue par l’Union européenne. C’est elle qui a voulu faire du savoir une marchandise, et organiser pour ça une compétition entre établissements. La fin de la gratuité de l’école vient de là. Un collège peut désormais déterminer une partie de ses enseignements, un lycée, définir ses spécialités. Si je suis élu, j’abrogerai les réformes de Hollande et de Blanquer sur les collèges et lycées. Je veux que le même savoir soit enseigné partout dans les mêmes conditions aux enfants de France. Pas de contrôle continu au baccalauréat. Pas de spécialités différentes non plus, sinon ça produit un classement entre les lycées ». Un contre-pied à la dernière annonce d’Emmanuel Macron d’expérimenter « l’autonomie » des écoles primaires autour d’un « chef » d’établissement !

Une nouvelle carte scolaire mettant fin à la ségrégation sociale est également au programme ainsi qu’un redéploiement du service public d’éducation pour assurer la proximité due à la population. Cette proximité est en effet mise à mal par la fermeture de 1139 écoles publiques entre 2017 et 2020 (soit une par jour) et l’absence d’école publique dans 500 communes obligeant nombre d’élèves à de longs trajets.

L’école du peuple

La « gratuité » est un autre mot d’ordre qui revient souvent dans le programme de Jean-Luc Mélenchon. C’est une exigence philosophique en fidélité à la promesse de la loi du 16 juin 1881. C’est aussi une exigence sociale quand les fournitures scolaires coûtent 200 à 400 euros par an selon le niveau, et quand 59% des enseignants signalent que des élèves renoncent à participer à des sorties scolaires faute de moyens financiers. La gratuité des fournitures, des frais de sorties pédagogiques, et des transports scolaires apparaît ainsi comme une déclinaison indispensable pour rendre réelle la gratuité de l’école. Et comme on ne peut étudier sereinement le ventre vide, L’Avenir en commun promeut aussi la gratuité de la cantine avec des menus issus de l’agriculture biologique et locale, en écho avec l’instauration d’une heure hebdomadaire d’éducation à la nutrition et à l’alimentation.

Autre particularité, le candidat insoumis est le seul à évoquer l’avenir de l’enseignement professionnel. L’ancien ministre du sujet entre 2000 et 2002 confirme par là son souci de cette « école du peuple » où les enfants des milieux populaires sont sur-représentés. Là aussi, deux axes sont mis sur la table : la réussite de tous les élèves et le déploiement de nouvelles filières notamment en lien avec la transition écologique. Tout l’inverse de la vision utilitariste des libéraux qui n’ont que « l’apprentissage » à la bouche. Jean-Luc Mélenchon estime ainsi que « si l’objectif est la bifurcation écologique face au changement climatique, cela doit se traduire à l’école. Il faut former les salariés qualifiés pour affronter ça. Pour cela, relancer la recherche et l’enseignement professionnel. Nous rétablirons le bac pro en quatre ans, créerons des établissements du CAP au BTS, et une allocation mensuelle pour chaque lycéen du professionnel à 1 063 euros à partir de 16 ans ! » pour permettre à chaque jeune de se consacrer à ses études. Dans le même esprit, et afin de permettre à chaque jeune qui le souhaite de poursuivre ses études après son baccalauréat, le candidat de l’Union populaire prévoit aussi la suppression de Parcoursup. L’élévation globale du niveau de qualification professionnelle rejoint ainsi l’émancipation individuelle.

Matthias Tavel

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