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Au Vietnam, le modèle qui pourrait inspirer Kim Jong-un

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Hanoi (Vietnam) accueillera mercredi le deuxième sommet entre Donald Trump et Kim Jong-un, dans un pays qui pourrait inspirer ce dernier.

Marteau et faucille jaunes sur fond rouge. A Hanoi, le drapeau du Parti communiste vietnamien est partout : sur la route qui mène de l’aéroport au centre-ville, sur tous les bâtiments officiels, en bordure des principales artères de la capitale, ou encore sur l’immense esplanade où se dresse le mausolée de Hô Chi Minh, le père de la réunification du pays. Pas de doute, à trois jours du deuxième sommet entre le président américain Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, le Vietnam s’affiche fièrement comme membre du club restreint des derniers pays communistes de la planète.

Pourtant, à quelques kilomètres au sud de la vieille ville coloniale, aux abords du Vincom Mega Mall Royal City, le plus grand centre commercial du pays, l’emblème du Parti est aux abonnés absents. Devant l’entrée, une armée de motards attendent le client pour le prendre en selle. À deux-roues, Grab est l’Uber local, symbole de la libéralisation de l’économie, et permet aux Vietnamiens et aux touristes d’aller et venir à toute heure. À l’intérieur du centre, plus de 600 boutiques et restaurants s’étendent sur deux niveaux souterrains dans un dédale de couloirs où la climatisation crache un air presque glacial.

On y trouve toutes les grandes enseignes mondiales, de Mango à H&M en passant par Adidas ou Nike. Sans oublier les chaînes de restauration rapide de l’ancien ennemi américain, KFC et Pizza Hut. Tout ce qui fait aujourd’hui rêver la nouvelle classe moyenne vietnamienne, dont Duong Phu Duy fait partie. Pour cet architecte marié et père d’un jeune fils, « les centres commerciaux répondent aux besoins actuels de plus de loisirs et plus de consommation, sans ça la vie serait ennuyeuse ».

Des résultats économiques spectaculaires
Ces « nouveaux besoins », c’est la révolution économique entamée par le Parti en 1986 qui les a apportés. Le Doi Moi, ou « renouveau » en français. « Après la guerre d’indépendance contre les Français et la guerre pour la réunification contre les Américains, le Vietnam était ruiné et les infrastructures détruites, analyse Anh Duong Nguyen, jeune directeur de l’Institut d’études de la gestion économique, une instance gouvernementale qui conseille le Parti communiste en matière économique depuis que la réforme du Doi Moi a été mise en œuvre. Les allocations de l’État, financées en partie par un bloc soviétique à bout de souffle, ne permettaient plus aux habitants de vivre convenablement, le gouvernement a dû admettre que l’économie planifiée ne marchait pas suffisamment bien. »

Changement radical, le Vietnam devient une « économie de marché à orientation socialiste », selon la dénomination officielle. Comme celle du voisin chinois quelques années plus tôt, l’économie vietnamienne s’ouvre aux investisseurs privés. Dans l’agriculture d’abord, l’industrie lourde et le textile ensuite. « Aujourd’hui, l’accent est mis sur les secteurs à plus grande valeur ajoutée comme l’électronique ou l’automobile », précise Anh Duong Nguyen, citant l’exemple du sud-coréen Samsung, qui produit plus de la moitié de ses téléphones portables dans deux méga-usines du nord.

Economiquement, la Corée du Nord est aujourd’hui dans une situation similaire à ce qu’était le Vietnam avant sa réforme du Doi Moi

Economiquement, les résultats sont spectaculaires : la croissance ininterrompue depuis trente ans fait partie des plus élevées de la région (+ 6,8% en 2017). Le PIB par habitant a été multiplié par six sur la même période, passant de 420 à 2 800 dollars, faisant reculer drastiquement la pauvreté. Le tout tenu d’une main de fer par un PC indéboulonnable, en place depuis 1954, ne tolérant aucune opposition à son égard. En 2017, Human Rights Watch a recensé au moins 21 arrestations d’activistes politiques ou de blogueurs.

Cette semaine, ce Vietnam-là, peuplé de 96,5 millions d’habitants et dont la moitié a moins de 30 ans, sera au centre du monde. Donald Trump et Kim Jong-un se retrouveront à Hanoi pour leur second sommet, huit mois après leur rencontre historique à Singapour. Dans les rues de la capitale, les Vietnamiens se disent « heureux » d’accueillir cette rencontre, qui « met [leur] pays sur le devant de la scène internationale ».

Kim Jong-un sera dès lundi à Hanoi, soit deux jours avant le début du sommet. Installée à un café au bord d’un des nombreux lacs de la ville, Thi Anh-Dao Tran, chercheuse franco-vietnamienne à l’Institut de recherche sur l’Asie du Sud-Est contemporaine, y voit « un intérêt du dirigeant nord-coréen pour le modèle de développement vietnamien ». Selon elle, « les deux pays partagent des similitudes historiques et économiques, ils ont connu une guerre particulièrement dévastatrice avec les États-Unis, sont tous deux politiquement communistes et dirigés par un homme ou un parti unique qui souhaite garder la main sur le pouvoir ». Et d’ajouter : « Economiquement, la Corée du Nord est aujourd’hui dans une situation similaire à ce qu’était le Vietnam avant sa réforme du Doi Moi. »

Un voyage en 2014
En 2014 déjà, une délégation de 12 représentants nord-coréens faisait le déplacement au Vietnam, sous la tutelle de l’organisation Choson Exchange. Établie à Singapour, cette ONG met en place des échanges entre professionnels étrangers avec des travailleurs et dirigeants nord-coréens pour les former aux techniques de marketing et d’analyse de marché. « Nous préparons la Corée du Nord à l’ouverture, détaille Calvin Chua, organisateur du séminaire. Ce voyage était l’occasion de montrer les plans de développements urbains de Hanoi et le fonctionnement des zones économiques spéciales à la délégation nord-coréenne. Nous avons aussi passé quelques jours à la baie d’Along, ce qui a pu leur être utile pour développer leur station touristique de Wonsan, la principale station balnéaire du pays. »

Pour cet habitué de Pyongyang, ce n’est pas pour autant que Kim Jong-un s’inspirera pleinement du modèle vietnamien, davantage basé sur le fonctionnement d’un parti que sur la volonté d’un seul homme. Un constat que partage Thi Anh-Dao Tran, qui ajoute : « Le développement économique de la Corée du Nord passera avant tout par une levée des sanctions internationales, si le sommet avec Trump permet de progresser. »

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