Début Societe Algérie : soulagement provisoire à Paris après les annonces de Bouteflika

Algérie : soulagement provisoire à Paris après les annonces de Bouteflika

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Le report sine die de l’élection présidentielle en Algérie a été immédiatement accueilli comme une nouvelle « positive » par les autorités françaises qui restent prudentes pour la suite.

Cela faisait quelques jours que les canaux de communication franco-algériens fonctionnaient très discrètement à plein régime. La solution trouvée par le premier cercle du président Bouteflika est raisonnable, pense-t-on à Paris. Le report de l’élection signifie de facto que le chef de l’Etat sortant ne se représentera pas, ce qui répond à l’exigence numéro un de la rue depuis le 22 février.

Le président français, Emmanuel Macron, ainsi que son ministre des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et la ministre des Armées, Florence Parly, ont appris la nouvelle en même temps alors qu’ils se trouvaient à bord de l’Airbus présidentiel en direction de Djibouti, première étape d’une tournée africaine qui se poursuivra en Ethiopie et au Kenya.

Sur le papier, « la meilleure chose qui puisse advenir »
Mais on se dit à Paris qu’il n’est pas sûr pour autant que le mouvement populaire en Algérie soit prêt à accueillir à bras ouverts le programme de substitution envisagé par les tenants du pouvoir à Alger : réaménagement du gouvernement avec changement de Premier ministre, organisation d’une conférence nationale où seraient représentés à trois tiers égaux, la majorité, l’opposition et la société civile, puis élaboration d’une nouvelle Constitution afin de préparer une nouvelle élection d’ici la fin de l’année.

Sur le papier, « c’est la meilleure chose qui puisse advenir », confie un officiel au cœur du dossier. Mais les autorités françaises ne veulent pas s’ingérer dans ce processus. Elles souhaitent juste, comme le souligne le communiqué très rapidement publié du Quai d’Orsay que les promesses du pouvoir soient « vite » engagées.

Le profil convaincant de Ramtane Lamamra
Il se dit à Paris que la personnalité de Ramtane Lamamra, conseiller diplomatique de la présidence algérienne et ancien ministre des affaires étrangères, un temps pressenti pour remplacer au pied levé le Premier ministre démissionnaire, Ahmed Ouyahia, hué par les manifestants, serait finalement préservé « pour plus tard », probablement pour être le candidat du pouvoir une fois que la crise aura été purgée par un chef de gouvernement de transition.

Raison pour laquelle il n’est nommé que vice-Premier ministre en soutien de l’actuel ministre de l’Intérieur désigné à la tête du gouvernement pour expédier les affaires courantes tout en maintenant l’ordre nécessaire à la bonne tenue du débat national qui s’amorce. Lamamra, apprécié aussi bien à Washington qu’à Paris et aux Nations Unies où il a servi la diplomatie algérienne, a l’immense avantage également, sauf preuve du contraire, de « ne pas avoir de casseroles », sous-entendu de ne pas avoir été corrompu par sa proximité avec le régime.

Le risque d’un basculement dans l’islamisme
Ce qui reste un sujet de réflexion à Paris, aussi bien à l’Elysée, au Quai d’Orsay que dans les services, reste la capacité de l’islam politique de profiter de la période actuelle et de l’élection présidentielle qui se profile maintenant pour la fin de l’année afin d’obtenir des gains politiques. On s’attend à Paris à ce que les mouvements proches des Frères Musulmans en Algérie, longtemps soutenus par le Qatar et la Turquie, s’activent suffisamment pour être à même de pouvoir présenter ou soutenir un candidat.

« La jeunesse n’a connu que Bouteflika, qui lui a rendu service en la libérant de l’islamisme », confie une source française consciente que « le deal entre l’armée et le pouvoir était que les mouvements religieux gardent une capacité à travailler le sociétal et l’éducatif ». On considère à Paris qu’un nouveau basculement de l’Algérie dans l’islamisme, comme en 1991, fait partie des risques à ne pas négliger. Raison pour laquelle le répit que pourrait connaître le pays à l’issue du report de la présidentielle pourrait n’être que sursitaire.

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