Début Societe Adrien Quatennens, Présidentielle 2022 : « L’Union populaire est notre stratégie pour gagner »

Adrien Quatennens, Présidentielle 2022 : « L’Union populaire est notre stratégie pour gagner »

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L’été a été marqué par l’instauration du pass sanitaire. Pourquoi les insoumis refusent-ils cette mesure face à l’épidémie ? Est-ce pour autant une opposition à la vaccination ?

Moins d’un mois avant les annonces d’Emmanuel Macron sur l’extension du Pass Sanitaire, il jurait avec le gouvernement et la majorité que ce dernier ne serait pas étendu aux restaurants, transports et tous les lieux de la vie quotidienne. Et finalement, ne pas avoir de Pass Sanitaire pourra conduire à la suspension du contrat de travail ! Cette équipe n’aura fait que mentir depuis le début de la crise sanitaire. L’extension du Pass fracture le pays et nous fait basculer dans une société du contrôle généralisé. Cette atteinte aux libertés ne fait pas une politique efficace de lutte contre l’épidémie. Bien sûr, le vaccin fait partie de la solution. Mais il n’est pas la solution à lui seul. On sait qu’il est efficace contre les formes graves et qu’il réduit le risque de contamination. Mais il ne l’annule pas. Alors qu’il faudrait prioriser et aller vers les personnes à risques et les publics fragiles, le Pass Sanitaire contraint à la vaccination sans distinction dès l’âge de 12 ans. Résultat, ce ne sont pas les personnes qui le devraient le plus qui se font vacciner et beaucoup y vont moins par conviction que pour éviter la vie impossible promise à ceux qui ne seront pas munis du Pass Sanitaire.

Quelle serait selon vous la bonne stratégie face au Covid ?

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) préconise de convaincre plutôt que de contraindre à propos des vaccins qui, pour l’heure, ne disposent que d’une autorisation temporaire de mise sur le marché. Nous sommes sur cette ligne. La pandémie est mondiale. La levée des brevets demeure donc une priorité. En France, Jean-Luc Mélenchon a été le premier responsable politique à la réclamer. La fracture vaccinale existe au sein même du territoire national où la cartographie de la vaccination se superpose de façon spectaculaire à la cartographie des niveaux de revenus. C’est d’abord à cela qu’il faut s’attaquer. Ensuite, faire reposer toute la stratégie sur la vaccination est une grave erreur. Dès novembre 2020, les insoumis ont présenté un plan complet d’alternatives au confinement. Il contient tout ce qu’il conviendrait de faire, de préparer, d’organiser pour limiter la circulation du virus sans devoir enfermer la population. Nous avons, par exemple, proposé l’organisation de roulements et de jauges, mais aussi l’installation de purificateurs d’air efficaces contre le Covid. Pour la rentrée, rien n’est prêt. Le gouvernement n’a que son Pass Sanitaire à la bouche. Dans ces conditions, il n’est pas impossible que, même équipés du Pass Sanitaire, nous ayons à subir un nouveau confinement en cas de dégradation de la situation. Enfin, le déremboursement des tests pour pousser à la vaccination est une grave erreur. Puisque le vaccin ne garantit pas l’absence de contamination, il faut continuer à tester massivement et accompagner l’isolement des cas positifs.

Vous alertez aussi sur la « vague sociale » de la crise, c’est-à-dire ?

Les difficultés économiques des entreprises privées ont été exagérées. Les aides versées par l’Etat ont souvent compensé plus que leurs pertes. Avec ces aides sans contreparties et au prix d’importantes destructions d’emplois, beaucoup ont généré plus de profits qu’avant la crise. En 2021, les entreprises du CAC 40 prévoient de verser 51 milliards d’euros de dividendes à leurs actionnaires. Un record. C’est 140% de leurs profits annuels. En 2020, la fortune des milliardaires français s’est accrue de 175 milliards d’euros. Deux fois le budget annuel de l’hôpital public ! Dans le même temps, entre décembre 2019 et décembre 2020, 284 000 emplois salariés ont été détruits. En janvier 2021, la France atteignait 6,8 millions d’inscrits à Pôle Emploi. Un ménage français sur 5 déclare avoir perdu des revenus pendant la crise sanitaire. Quand Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir, les 500 familles les plus riches de France possédaient 570 milliards d’euros et il y avait 9 millions de pauvres dans le pays. En 2021, les 500 familles les plus riches de France possèdent 1 000 milliards d’euros et il y a près de 12 millions de pauvres dans le pays. Le quinquennat d’Emmanuel Macron se résume à l’enrichissement des plus riches sur le dos de tous les autres. La crise sanitaire agit comme un puissant révélateur de cette situation. Il y a urgence à organiser le partage des richesses pour éradiquer la pauvreté et à relancer l’emploi sans tout attendre du marché. Le plein-emploi est atteignable s’il y a la volonté politique. C’est le cap que nous fixons avec Jean-Luc Mélenchon pour 2022. Trop souvent évacuée des débats, la question sociale doit être replacée au centre de l’attention.

Cet été ont eu lieu de nombreux phénomènes météorologiques extrêmes ; quelles leçons en tirez-vous avant la prochaine COP26 sur le climat prévue cet automne ?

Les conventions citoyennes bafouées et les sommets-spectacles sans lendemain nous ont fait perdre un temps considérable. Rappelons que sous Macron, l’Etat a été condamné en justice pour inaction climatique. Le changement climatique et les catastrophes qui en résultent ne sont plus de l’ordre de la théorie lointaine. C’est là. Nous sommes en train de le vivre. Les derniers rapports du GIEC sont sans appel. Il n’y a plus de temps à perdre avec les satisfécits sur la prise de conscience, les demi-mesures ou la petite écologie de la bicyclette pour centres-villes favorisés. Le changement doit être rapide et radical. Dès 2022, avec Jean-Luc Mélenchon, nous planifierons la bifurcation écologique de notre économie. Nous préparerons le pays à affronter les conséquences irréversibles des dégâts déjà causés et nous mettrons en partage les pratiques françaises avec l’humanité tout entière. Nous sommes les seuls, je le crois, dont le programme est à la hauteur de la catastrophe annoncée.

Vous voulez faire des amfis un moment important de la campagne de Jean-Luc Mélenchon avec un nouveau slogan. C’est quoi « l’union populaire » ?

Avant la pause estivale, je me souviens d’un forum de l’Avenir en commun à l’issue duquel un invité a dit à Jean-Luc Mélenchon : « Désormais ne vous occupez plus des autres. Ils ne sont pas à la hauteur. Tracez votre chemin ! ». Conseil entendu. On sait qu’il y aura une candidature socialiste, une candidature écologiste, une candidature communiste, une candidature NPA. On sait aussi que Jean-Luc Mélenchon est, parmi tous ces candidats, le mieux placé pour se qualifier au second tour. Toutes nos tentatives pour fédérer les forces politiques sur un programme de rupture claire ont échoué. Doit-on renoncer à rompre avec le système ? Sûrement pas. D’autant que, lorsque l’on demande aux Français leur avis sur les mesures les plus structurantes du programme l’Avenir en commun, ils sont une ample majorité à les plébisciter. L’Union populaire est notre stratégie pour la dernière ligne droite de campagne que nous entamons avec ces Amfis d’été. Elle conjugue l’exigence de rupture, la capacité à gouverner et se réalise autour d’un programme pour lequel une majorité existe dans le pays. Notre tâche consiste à déployer toute notre énergie pour mobiliser cette majorité. Bienvenue à toutes celles et ceux qui, d’où qu’ils viennent, souhaiteraient prendre leur part du travail à accomplir.

Pour vous, la victoire en 2022 est possible même avec plusieurs candidats issus de la gauche ?

La victoire n’est possible que sur la base d’un programme qui rompt clairement avec le néolibéralisme et à la condition d’une participation populaire de masse. L’union sur la base d’un compromis mollasson serait promise à l’échec. Si la présidentielle de 2022 n’est pas une élection de plus sans le peuple, si nous parvenons à mobiliser les dégoutés de la politique pour renverser la table, alors nous nous gagnerons. Sans le peuple, rien n’est possible. Avec le peuple, tout est possible.

Propos recueillis par Matthias Tavel

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