Début Economie Gilets jaunes : pourquoi le Pacte de Marrakech sur les migrations nourrit tous les fantasmes

Gilets jaunes : pourquoi le Pacte de Marrakech sur les migrations nourrit tous les fantasmes

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Dénoncé par l’extrême-droite puis par une partie des Gilets jaunes, le Pacte de Marrakech sur les migrations, qui doit être signé par la France la semaine prochaine, fait l’objet de nombreuses fausses informations.

Dans beaucoup de pays d’Europe, on en parle. Le sujet semble pourtant passer sous les radars en France. Mais les Gilets jaunes commencent, eux, à s’en saisir : le 10 décembre, Emmanuel Macron doit signer le « Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières ». Ce pacte surnommé aussi « Pacte de Marrakech », du nom de la ville du Maroc où il doit être signé par la quasi-intégralité des pays du monde, « considère tous les aspects globaux, les raisons pour lesquelles les gens décident de traverser les frontières, en cohérence avec la souveraineté des Etats et leur interdépendance », explique Louise Arbour, la représentante spéciale de l’ONU pour les migrations.

L’objectif est de « maximiser les bénéfices de la migration tout en mettant en lumière ses aspects négatifs et en limitant les pratiques migratoires chaotiques et dangereuses », ajoute-t-elle. Si en France, le document reste encore peu connu, il est très discuté aux Pays-Bas notamment et surtout en Belgique, où la coalition au pouvoir est à deux doigts d’exploser, la droite nationaliste flamande refusant de le signer.

Ce Pacte est né en juillet dernier à New York au sein de l’ONU et a été adopté par tous les membres des Nations unies, à l’exception des Etats-Unis. Mais, depuis, beaucoup d’Etats font défection. Pour presque toutes les mêmes raisons : au niveau national, ça coince. Car ce texte est désormais très critiqué dans de nombreux pays.

En France, c’est avant tout l’extrême droite qui tentait de dénoncer le Pacte, mais depuis quelques jours, les Gilets jaunes s’en emparent. Deux figures du mouvement, Eric Drouet et Maxime Nicolle, l’ont évoqué. Certains appellent même à bloquer les aéroports lundi pour protester contre cette signature.

Un texte « non contraignant » qui réaffirme la souveraineté des Etats
Dans les critiques reviennent souvent deux choses : le pacte « organiserait la submersion migratoire » de la France et placerait la France sous l’autorité de l’ONU, notre Etat perdant sa souveraineté. Des arguments chassés par le texte lui-même :

Le texte n’organise rien du tout, puisqu’il est « non contraignant ». C’est-à-dire qu’il ne peut rien imposer aux Etats signataires. Et, juridiquement, sa portée est donc limitée. C’est dit dès la 3e page du document : « Le présent Pacte mondial établit un cadre de coopération juridiquement non contraignant, qui repose sur les engagements convenus par les Etats Membres dans la Déclaration de New York pour les réfugiés et les migrants. »
Le Pacte ne peut pas faire perdre sa souveraineté à la France, puisqu’au contraire, il la conforte : « Le Pacte mondial réaffirme le droit souverain des Etats de définir leurs politiques migratoires nationales et leur droit de gérer les migrations relevant de leur compétence, dans le respect du droit international. »
Comme le résume auprès de l’AFP Solène Bedaux, chargée de plaidoyer au Secours catholique-Caritas, « il s’agit d’un texte posant 23 objectifs, non-contraignant, et qui rappelle des droits fondamentaux qui existent déjà. » Et de poursuivre : « Avec un forum de suivi tous les quatre ans, le Pacte est un message de la communauté internationale qui dit : ‘on prend en compte la question des migrants, et il faut en parler ensemble pour trouver des solutions communes’. »

La droite et l’extrême-droite vent debout
Mais une partie de la droite et l’extrême-droite s’y opposent. Marine Le Pen a par exemple dénoncé un « acte de trahison » et annoncé qu’elle participerait samedi sur à un meeting du parti nationaliste flamand Vlaams Belang sur ce thème à Bruxelles, tout comme Steve Bannon, l’ancien conseiller de Donald Trump. Lundi, elle déclarait que les Français rencontrés sur les barrages des Gilets jaunes étaient « conscients qu’on ne peut pas accueillir des centaines de milliers de personnes supplémentaires, sans que ça ait une influence sur l’équilibre de nos budgets sociaux et de nos territoires ».

A droite, Eric Ciotti a lui aussi appelé Emmanuel Macron à ne pas signer ce texte, décrit comme « une boîte de Pandore qui instaurera un appel d’air mondial et une forme de droit à l’immigration. » Mercredi, Les Républicains ont d’ailleurs demandé au gouvernement d’organiser un débat au Parlement sur ce sujet. « Le Parlement français ne saurait être privé de débattre de son contenu mais aussi des fractures importantes qu’il crée au sein de l’Union européenne », peut-on lire dans un communiqué transmis par le parti.

Des positions diverses en Europe
Les pays européens sont en effet très divisés sur ce sujet :

En Belgique, le document menace de faire chuter la coalition gouvernementale du libéral Charles Michel.
En Slovaquie, le ministre des Affaires étrangères Miroslav Lajcak vient de claquer la porte du gouvernement en réaction à la décision de son pays de rejeter le pacte.
En Autriche, le chancelier conservateur Sebastian Kurz s’est rallié aux vues de son partenaire d’extrême droite FPÖ pour boycotter le texte.
L’Italie a décidé de geler sa signature, s’en remettant à un vote ultérieur du Parlement.
Les pays du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, Tchéquie, Slovaquie) ainsi que l’Autriche et la Bulgarie ont d’ores et déjà annoncé qu’ils n’enverraient pas de représentants au Maroc valider le document qu’ils avaient pourtant adopté en juillet dernier. Pour l’heure, deux-tiers des pays seulement ont confirmé leur venue à Marrakech la semaine prochaine.

Mercredi, Antonio Vitorino, le patron de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), s’est ému de cette situation : « Nous assistons de la part de certains secteurs politiques à la manipulation, à la distorsion des objectifs du Pacte, on a la sensation que la migration est devenue le bouc émissaire des problèmes culturels et sociaux. »

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